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- Chacun est digne d'un parapluie.
- Vous définissez d'un coup le minimum des droits humains.


Dostoievski

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  • Des livres et délices
  • J'aime lire et encore plein d'autres choses, et surtout j'ai envie de partager ce plaisir de la lecture avec d'autres biblivores, bibliphages et bibliphiles en tout genre...

Pages croisées

Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 21:21

J'ai fait la connaissance ce week end de Marzi.


Marzi, un joli prénom de petite fille, qui fait penser au marzipan (en français: massepain).
Marzi: prononcez "magie".
Et avec Marzi, les idées ont du génie!

Marzi c'est l'héroïne d'une BD, et c'est aussi l'auteure de cette BD. Celle qui raconte l'histoire, la Polonaise, parce que celui qui dessine, c'est Sylvain, le Français. Elle Sowa, lui Savoia. Comme quoi, les différences entre pays ne sont pas si importantes que ça !


Marzi raconte son enfance puis sa jeunesse dans la Pologne communiste. Elle est née en 1979.
On pourrait retenir de ces courtes histoires uniquement le côté "oh, la vie était dure, le communisme quelle saleté quand même, ces gens vivaient une drôle de vie" etc etc. On pourrait croire que le récit sera misérabiliste et un peu déprimant, les files d'attente, la pénurie, le froid (rien à voir avec le communisme mais ...). En fait pas du tout, c'est assez drôle et très mignon, en tout cas pour ce qui est des histoires de petite fille qu'elle raconte, car je n'ai pas encore tout lu!


Elle raconte son enfance et on voit des grands évènements qui ont marqué la vie des Polonais à l'époque: l'état de guerre déclaré en 1981, la catastrophe de Tchernobyl, la visite du pape en Pologne… Mais aussi les traditions de Noel, les week end à la campagne, dans la famille ou moins loin, dans le petit jardin des parents, les misères que les gosses de l'immeuble font aux voisins, le papa qui doit se remettre d'une hépatite au sanatorium et la petite Marzi qui compte les jours et se tient très sage pour une fois en attendant son papa, et toutes sortes de choses très rigolotes.

 

J’ai bien ri, beaucoup souri et j’ai hâte de lire la suite !

marzi La difficulté du quotidien vu par les yeux d’un enfant, la confrontation de ces deux univers (la nourriture est rationnée mais pourtant marzi n’aime pas trop manger, à part les sucreries !) raconté à travers l’imagerie de la BD m’a rappelé une autre BD…



Une BD bien moins rigolote, bien moins légère et pourtant….

Bien sûr je n’ai pas découvert Satrapi toute seule, il y a eu toute cette agitation médiatique autour, la sortie du film, le documentaire sur la réalisation du film (encore mieux que le film d’ailleurs !), les cérémonies etc. Attention, je ne critique pas, moi je suis tout à fait d’accord pour ces hommages à mon avis bien mérités (peut être parce que j’ai vu le documentaire et que je me rends compte du travail et de l’histoire). Et puis ça donne un peu de lustre à l’image flétrie de la France patrie des droits de l’homme. Ce n’est pas à négliger actuellement.


Par la même occasion, je souhaite saluer une autre œuvre de Marjane Satrapi, qui m’a ému encore plus que plus, et qui est Poulet aux Prunes – et puis il y a aussi Broderies, qui est fabuleux.


Toujours est-il que ça a été très agréable de retrouver cette sensation de plaisir que j’avais eu en découvrant Persepolis.


Je suis un peu fatiguée ce soir, mais bon, j’avais envie de parler de ces deux petits moments de plaisir littéraire, en image pour une fois.


Sur ce, bonsoir, allons profiter de la douce liberté de cette somnolente démocratie qui est la notre, et que l’on déconsidère trop souvent. Peut-être que le jour où nos enfants ne connaîtront pas le goût du chocolat à cause des restrictions du régime, nous nous apercevrons que nous aurions dû nous battre un peu plus pour sauvegarder nos libertés chéries, au lieu de conspuer le système. Et nous écrirons nous aussi une page de BD en espérant qu’un jour nous pourrons regarder tout ça de loin.

Par Raton - Publié dans : Pages croisées
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Dimanche 28 février 2010 7 28 /02 /Fév /2010 22:25

Je ne me souviens plus de la dernière fois où je me suis acheté un livre dans sa première édition, je veux dire, un livre qui ne soit pas en poche.

Il faut parfois savoir franchir le pas et décider de soutenir certains ouvrages, certains auteurs.
Je me suis lancée, pour un auteur inconnu, sur la seule foi des critiques et, je dois le reconnaître, par attrait pour un thème qui m’intrigue particulièrement : le nucléaire.

 

Au delà du nucléaire, ce qui m’intéresse dans le sujet est l’usage qu’en font les hommes, qui ont décidé de déclarer que nous pouvions maîtriser cette énergie grâce à une technologie avancée, et qui, en fait de technologie, se reposent avant tout sur la résistance du corps humain et la misère sociale qui réduit des employés à néant (on ne parle pas ici des riverains mais leur position est la même), troquant leur corps et leur santé pour un emploi.

 

La Centrale est un récit relativement court, sans vrai début, sans réelle fin, porteur d’un sens infiniment plus large que ces 141 pages pourraient le laisser penser.

Nous avons affaire à la description d’un milieu spécifique, celui d’une industrie et de ses codes, de ces liens qui se tissent entre les intervenants. Il pourrait s’agir de n’importe quelle industrie, de n’importe quel milieu professionnel où se croisent des hommes, esclaves de décisions prisent bien au-dessus d’eux et qui résistent car, finalement, il faut bien vivre, non ?

 

Dans un style clair qui laisse filtrer la profondeur d’une réflexion interne qui n’est pas attribuable qu’au seul personnage, le narrateur commence son témoignage fictif au lendemain de ce qu’on qualifie pudiquement dans le milieu d’ « incident ». Il revient alors, dans le fil du récit, sur son parcours en tant qu’intérimaire du nucléaire, sur ce milieu spécifique, sur l’évolution ou plutôt la dégradation des conditions de sécurité et de travail pour cause de rentabilisation à l’extrême ; il évoque ses rencontres avec d’autres compagnons de fortune, croisés au gré des missions, il évoque ceux qui craquent, ceux qui ne résistent pas.

 

Aux ¾ du livre, le souvenir des premiers jours de formation permet au lecteur d’entrevoir d’une façon simple la vertiginosité et la beauté du processus nucléaire, de comprendre son attrait sur l’homme, scientifique ou simple « col bleu ». Par là même, l’auteur nous rappelle brièvement, objectivement les raisons de l’accident de Tchernobyl, en 1986, sans s’étendre sur les conséquences que nous connaissons (à moins plutôt que nous ne souhaitions pas les connaître car elles sont trop terribles ?).

 

Elisabeth Filhol trouve le ton juste pour nous fournir un instantané de ce milieu, de cet homme qui loin de se plaindre aurait plutôt tendance à se rendre responsable de son malheur. On ne peut s’empêcher en refermant ce court opus de rester sur sa faim – on aimerait savoir ce que devient cet homme qui a « utilisé toute sa dose », autrement dit, qui a pris au moins l’équivalent de la dose annuelle autorisée légalement et qui n’a donc plus le droit de travailler en zone sensible. On aimerait savoir si malgré les radiations, il va s’en sortir. On aimerait une belle fin, mais cette histoire est trop proche de la réalité pour être belle.

Le second sentiment qui domine à la lecture de ce livre, c’est un mélange de satisfaction d’avoir appris beaucoup sans s’en rendre compte, et de révolte contre l’Homme et son orgueil face à la pseudo-maîtrise d’une science qu’il manipule comme un bambin joue avec ses cubes, sans tenir compte des conséquences dramatiques déjà à l’œuvre (sans parler des conséquences hypothétiques).

 

 

 

 

On devinera à la lecture de ce billet mon opinion quant à l’utilisation du nucléaire, qui pourtant fascine mon esprit scientifique.

 

Ce qui a conditionné mon horreur de cette utilisation, c’est le livre pratiquement illisible de la journaliste Biélorusse Svetlana Alexievitch La Supplication. Un documentaire, un recueil de témoignage de la population de Pripyat et de ses alentours, en première ligne lors de l’ « incident » de Tchernobyl, que l’on n’a toujours pas su contenir.

 

La première fois que j’ai lu cet extraordinaire travail journalistique, qui redonne un sens à la profession de journaliste, loin des journalistes de M6 ou de ELLE soit dit en passant, j’avais 15 ans. A cette époque, j’étais une lectrice endurcie : après Marcel Pagnol, mes premières émotions littéraires ont été provoquées par des livres décrivant le génocide juif adressés aux enfants (en particulier J’avais deux camarade, de l’auteur de Mon ami Friedrich), puis des romans plus sérieux comme l’autobiographique J’ai 15 ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy. Je n’ai jamais lu Le journal d’Anne Frank mais je n’en ai pas eu besoin à mon sens pour comprendre le drame humain qu’à été la guerre. En lisant La Supplication de Svetlana Alexievitch, j’étais donc bien armée. Et pourtant, rien ne peut nous préparer, notamment dans un pays préservé comme la France, à ce que l’horreur a de plus fort : sa normalité. Normalité dans la gestion immédiate d’une catastrophe née de l’orgueil de quelques hommes. Horreur dans la désinformation et la volonté de préserver une idéologie soviétique déjà bien mal en point : la catastrophe a lieu le 26 avril 1986, quelques jours avant les défilés du 1er mai qui ont été maintenus, exposant des centaines de personnes à un niveau très élevé de radiation). Horreur dans ces rescapés qui essaient de vivre après le drame. Horreur dans ces témoignages de gens simples ne pouvant comprendre d’où vient le danger alors que la nature n’a jamais parue aussi belle. Belle et pourtant dangereusement radioactive.

 

Je ne m’étendrai pas plus sur la dureté de ces témoignages, qui me paraissent essentiels à connaître, pour ne pas ignorer le monde dans lequel on vit. Savoir que pour former un sarcophage de béton au dessus du cœur du réacteur où la réaction nucléaire se poursuit encore aujourd’hui, les machines n’ont pas pu résister au niveau élevé de radiations et que l’on faisait donc appel aux hommes, cela change votre vision du monde.

 

Par Raton - Publié dans : Pages croisées
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /Fév /2010 16:38

Voici un article que j'avais publié sur un célèbre réseau communautaire avant la création de ce blog.
Je pense toujours ce que j'y ai écris, c'est pourquoi j'ai choisi de le publier ici

Tuesday, May 5, 2009

 Une petite mise à jour sur mes dernieres lectures pour donner des idées aux amateurs de bons bouquins, que ce soit dans le but inavoué de combler les heures passées dans les transports en commun franciliens, celui de pallier à lapauvreté de l'offre télévisuelle (c'est vrai que si on en a assez des divertissements faibles, des élucidations policières maculées de sordides crimes, et que la maladie nous angoisse, il ne nous reste pas grand chose à nous mettre sous la paupière), ou tout simplement l'envie de voyager à moindre frais, je vous propose une selection en vrac de mes dernieres lectures.

Dostoievski : Les Possédés

Dosto il faut aimer, c'est un style particulier, ce sont des histoires emmêlées avec des personnages aux noms improbables et pas toujours évidents à mémoriser, meme pour une russophile comme moi (Mais je suis dénuée de tout mémoire des noms, ca explique peut etre). Mais si Dosto n'était qu'un ecrivain abrupte et rempli comme un placard oublié ou l'on aurait casé tant bien que mal les affaires de ski inutilisées depuis 5 ans et les jeux de sociétés mis au rebus, je n'en parlerai pas, et personne n'en aurait parlé avant moi d'ailleurs. Pour le lecteur téméraire, Dosto c'est du pur génie, des moments d'intense lumière et comme une expérience mystique au fond. L'histoire est toujours riche, mais ce n'est pas tant l'histoire en elle meme qui compte finalement.... Avis aux amateurs :)

Arthur Golden ; Geisha

Dans un tout autre genre, d'un niveau beaucoup plus facile, ce roman m'a étonnée et m'a bien plu il faut le reconnaitre. Je n'ai pas vu le film, je ne peux donc pas comparer, mais je suis certaine que le livre est mieux que le film car justement c'est toujours le cas (meme pour le seigneur des anneaux!). Si vous cherchez des scènes de luxure, vous serez déçus car la narratrice racontant sa vie de Geisha est japonaise et donc elle laisse pudiquement dans la brume ces parenthèses de sa vie, pour n'en décrire que le parcours, a la fois typique du parcours des geishas de l'époque et exceptionnel (sinon l'histoire n'aurait pas de pertinence non?). Cela permet de brosser un tableau du Japon d'une partie du 20° siècle et de décrire ses valeurs et son art de vivre. Un bon moment, et de belles reflexions, sans se fatiguer car le narrateur a un bon sens du récit et pour la néophyte du Japon que je suis, il a réussi à se faire passer pour une japonaise - une femme de surcroit- en trouvant un ton juste et plaisant.

Edgard Hope : The Prisonner of Zenda

Un bouquin en anglais, histoire de se remettre à niveau, qui existe sans doute en francais également.
Je ne m'attendais pas à grand chose, j'ai plus séléctionné ce livre dans le but d'exercer mon anglais que pour le plaisir de la lecture, et pourtant, je me suis régalée. Le ton du narrateur est très bon (forcément en VO ca rend mieux!), l'histoire completement rocambolesque donne l'impression d'etre dans un épisode de Sissi, mais ca marche bien, on tient le suspense (meme si au bout d'un moment, il y a qq longueurs, le rythme revient vite). Le début de l'histoire seulement: un jeune aristocrate anglais désoeuvré se rend, mu par une curiosité secrète, sur la terre d'un de ses illustres aieux, un petit royaume imaginaire germano qqchose non loin de la suisse, et se retrouve pris dans un quiproquo politique faisant appel aux plus nobles sentiments de ce gentleman, le tout dans une ambiance assez marivaudesque il faut bien le dire, uh uh ! So British!

  Ryszard Kapuscinski : Ebène

Encore un livre que j'ai pris par hasard sur une étagère sans en attendre beaucoup et qui m'a apporté énormément. Ce Ryszard est, était, un type épatant, de la meme trempe qu'un albert londres ou qu'un joseph kessel: curieux, ouvert, tourné vers le monde extérieur (il faut dire que qd on grandit dans la pologne sovietique, on fait son possible pour s'évader comme on peut),il devient reporter et explore le monde mouvant des années 60 à 2000, en particulier en dehors de l'europe. Ce livre est un receuil de ses innombrables expériences africaines. Sans raccourci, dans un style exceptionnel, il relate à travers des chapitres courts et incroyablement évocateurs ses aventures, ses réfléxions, selon les pays et les époques traversées, en dépeignant en arriere plan des réalités géopolitiques que l'on tend à ignorer aujourd'hui encore, pour garder une vision completement simpliste de cette afrique que l'occident n'a cessé au cours des siècles derniers de pervertir et d'asservir. Une belle leçon de curiosité sans tomber dans le misérabilisme ni le pamphlet anti blanc. Vous l'aurez compris, ca me plait, je suis completement dedans !

Bon si un curieux vient à lire un de ces livres, quil n'hésite pas à me donner son avis !
bonne lecture :)
Par Raton - Publié dans : Pages croisées
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