Ce billet, je vous préviens, sera très long.
J’ai donc eu la fantaisie de relire La Reine des Damnés. En faisant la grimace sur le style que je qualifierai de mauvais, mais sans pouvoir dénier la force de la narration d’Anne Rice et la richesse de son imagination.
Après cela, j’ai continué dans ma lancée, en entammant Le Lien Maléfique. Pouah ! mais que n’avais je fais là ! D’abord j’ai été bien prise par la lecture, sans forcément comprendre au début où cela me mènerait, mais j’y suis allée avec entrain. Le bouquin est assez touffu et le style est cette fois sans défaut (encore que j’ai cru en y réfléchissant à posteriori déceler un problème de cohérence mais j’ai oublié lequel). Comme cela m’arrive souvent avec certains ouvrages particulièrement prenant et épais, j’ai d’abord lu avec une certaine avidité, puis arrivée à la moitié du bouquin, j’ai commencée à être tellement prise par le récit que j’ai cherché à accélerer la cadence de lecture, avec hargne et acharnement sans plus prendre de répit, afin … afin de finir le bouquin. C’est mon rythme de lecture que je crois avoir déjà évoqué ici.
Bref, le pire dans cette intrigue, c’est sa construction. Tout d’abord l’histoire se met en place. On reconnaît certains leitmotiv des romans d’Anne Rice bien que je ne connaisse que la Saga des Vampires à la base. Leitmotiv qui sont : le paranormal (évidemment me direz-vous), la Nouvelle Orléans, les mutliples détails sensuels et l’ambivalance sexuelle de ses personnages. Mais ici, tout est poussé à l’excès, excès humains et non plus justifiables par une nature vampirique qu’auraient acquises ses personnages. Le Lien maléfique parle de sorcières mais va au delà de tout cela. Je n’essaierai même pas de résumé l’expérience que ce livre a été pour moi. Une expérience traumatisante cela va de soi, car qui aime se sentir inférieur, ne serait ce que face à un vulgaire objet de papier et d’encre, acheté d’occasion qui plus est ? Ce livre m’a mise au pied du mur : je raillais l’écriture d’Anne Rice en inadéquation avec son imagination. Je sais aujourd’hui qu’elle est (ou fut) un auteur de bestsellers au USA, et je sais que c’est avec raison. Dan Brown à coté c’est du pipi pour chat ! et même moins que ça, du pipi de mouches à pipi de chat !
Alors voilà que j’arrive au moment fatidique où je sens les dernières pages défiler sous mes doigts agiles et mon regard plus vigilant que jamais. Mais j’ai du mal à croire au dénouement que l’auteur propose. Jusqu’au bout je crois que... Mais non. Ce n’est qu’en me heurtant au point final que je comprends. Je reviens au tout début du livre, avant même les premières lignes du récit. Je regarde la bibliographie. Voilà. Je me suis faite complètement roulée, comme une bleue. C’est une série ! Il y a une suite ! Et moi qui voulait en finir! C’est tout simplement intolérable. Ca fait quelques semaines que je vis dans ce livre et me laisser sur cette faim, c’est tout simplement indigne de la part d’un auteur.
Je me suis toujours méfiée des Américains et je sais maintenant que j’avais raison. Fichtre me dis-je alors, pourquoi ne pas retourner à la librairie pour acheter la suite ? d’ailleurs je prendrai l’ouvrage n°2 et le n°3 comme ça je me prémunirai d’une nouvelle crise de manque. Me revoilou chez Gibert. Je cherche le rayonnage. Mais il n’y a bien que des exemplaires multi-feuilletés de la Reine des Damnés. J’interroge la vendeuse.
Je vous fais grâce de mes pérégrinations depuis une semaine pour ne vous communiquer que les détails croustillants : le livre est épuisé, c’est à dire qu’il n’est plus publié. Seule option, le trouver d’occas. Je parcours les Gibert de Saint Michel, jeudi puis Vendredi, mais seuls le tome 1 et le 3 sont dispos, de même que sur le site de la FNAC. Et puis j’ai l’illumination. J’ai la chance de pouvoir lire en anglais, et après avoir compris l’histoire en français dans le premier tome, rien de plus simple que de poursuivre la lecture en anglais non ? Je monte les 4 étages du Gibert en face de Cluny, et là, miracle. Les cieux s’ouvrent devant moi. Le rayonnage est plein de romans d’Anne Rice. Je recherche le tome 2 ‘l’heure des sorcières ». Je n’ose y croire tant c’est beau : The Witching Hour me cligne de l’œil sur la haute étagère ! Du coup, je prends le tome 3, Tatlos, et je garde l’exemplaire en français du Voleur de Corps (suite de la Reine des Damnés). Jubilant, je paie. Je sors, essayant de cacher ma joie délirante sous mon masque de parisienne. N’y tenant plus j’ouvre l’ouvrage sur le quai du RER. Mais le destin se joue de moi. Vraiment vous n’y croirez-pas : le livre que j’ai pris est le tome 1.
Oui, je sais.
Mais qui a eu l’idée d’appeler le tome 2 de l’édition française avec le nom du tome 1 ? ? ? HEIN FRANCHEMENT ? ? ? Si je tiens ce filou, cet escroc d’éditeur, et cette patate de traducteur mais alors je leur fais leur fête. Le pire c’est que j’étais tellement désespérée que j’étais à deux doigts de le lire en anglais, bien que je vinsse de finir l’histoire deux jours plus tôt en français. Le gars de Gibert (je les ai appelés et j’ai fait les trois librairies de Saint Michel, en ignorant toutefois la boutique « sciences » et la boutique « scolaire » quand même), le gars de Gibert donc, m’a dit qu’il l’avait assez régulièrement, à raison de 1 à 2 fois par mois, dans ses rayonnages. Mais je NE peux PAS attendre !
Du coup je me console avec le Voleur de Corps, bien que je fusse un peu fachée avec Lestat le Vampire. Et je profite ma foi, je le trouve très bien ce livre, si bien que je l’aurai fini avant la fin de la semaine. Alors je vais peut etre devoir acheter ma saga de sorcière tome 2 sur Amazon à 0,01 centime…
Quelle ironie du sort ! j’avais été captivée il y a 10 ans par les romans des vampires, mais j’avais 14 ans alors et je n’y connaissai rien à ce genre de littérature ! Mais aujourd’hui je n’ai aucune excuse à être prise au piège ! Croyez moi, c’est pire que Harry Potter et pourtant j’étais à fond sur Harry Potter, c’est pire que tout ce que j’ai connu avant. . .
Ma seule consolation ce sont les commentaires de lecteurs que je glane au hasard de mes recherches internet. Pris par l’histoire tout comme moi. Maintenant faites votre choix, si vous décidez de lire cette saga, achetez d’abord les trois tomes, c’est mon conseil. Mais peut-être resterez vous insensibles aux questions sous jacentes que pose Anne Rice, sur la nature humaine, sur la possible existence d'un destin et d'une ineluctabilité de la voie qui serait tracé pour nous par d'autres.




